Critique personnelle du petit guide de la masturbation féminine de Gang-du-clito

L’autrice du compte Instagram @Gang du clito et de la campagne pour réhabiliter le clitoris It’s not a bretzel a édité à son compte, puis en librairie pour septembre 2019 après avoir essuyé des refus d’éditeur.rice.s pour cause de titre trop indécent ou risquant de faire fuir la clientèle, un petit livre intitulé Le petit guide de la masturbation féminine, basé sur le témoignage, par le biais d’un questionnaire publié sur Instagram, de près de 6 000 femmes de tous âges et de tous horizons.

Tout d’abord, je trouve cette initiative plus que bienvenue après tant d’années d’ignorance, d’opprobre et de tabous sur la sexualité féminine, sur le clitoris et sur la masturbation féminine qu’on pense inexistante. Eh non, les femmes se touchent et c’est tant mieux ! Et il faut en parler ! Pour ne plus inculquer la honte aux petites filles, pour ne plus occulter le plaisir des femmes. Ce livre vient donner le change à cette tendance niant aux femmes leurs libertés sexuelles et tout cet écran de fumée sur leur plaisir, qui les entretient dans l’ignorance et les encourage à nier le seul organe qui soit exclusivement dédié au plaisir, le clitoris, pour le mythe de l’orgasme vaginal, qui n’existe pas.

En plus de cela, il constitue un vrai guide en proposant un mode d’emploi à partir des pratiques que les femmes ayant répondu à son questionnaire ont rapportées de leur vie intime.

Mais, ce livre n’est pas parfait, comme tous livres d’ailleurs (sauf mes futurs livres bien évidemment, haha !), et certaines choses m’ont dérangée.

Premièrement, la première page commence par une liste de vérités levant les idées reçues sur les femmes et leur sexualité. Elles sont toutes véridiques et pertinentes sauf celle qui soutient que « toutes les femmes ont un clitoris ». L’autrice a pu s’en rendre compte à travers quelques critiques soulevées par la communauté LGBTQIA+, selon laquelle cette formulation est transphobe. En effet, elle l’est et je ne cautionne pas du tout ses propos, ni le fait que par la suite, elle ait refusé de rectifier le tir. Elle nie l’existence de personnes assignées garçon à la naissance et qui possèdent un clitoris. Soit il aurait fallu supprimer cette phrase, soit il aurait fallu ajouter le terme de femmes cisgenres qui, elles, en effet, sont toutes munies d’un clitoris. Parce que je comprends que cet ouvrage décide de s’adresser aux personnes munies d’un clitoris puisqu’il se spécialise dans la connaissance et l’emploi du clitoris, ce que je trouve tout à fait légitime, afin de faire connaître un organe sexuel encore trop méconnu, il ne pouvait donc s’adresser aux personnes n’en possédant pas, mais, et c’est le plus logique, il ne saurait exclure des personnes possédant un clitoris sous prétexte que ce ne sont pas des femmes au sens biologique du terme.

Deuxièmement, si ce livre a été écrit par les femmes et pour les femmes étant appuyé exclusivement sur le témoignage de 6 000 femmes, ce qui n’est pas forcément représentatif par ailleurs, il prend le risque de produire un effet de majorité, c’est-à-dire de créer d’autres idées reçues, selon lesquelles par exemple toutes les femmes se sont toujours masturbées. Or, ce n’est pas forcément le cas. Au contraire, je pense, qu’une bonne partie des femmes (mais je ne connais pas la proportion), parce que la société ne valorise pas particulièrement la sexualité féminine, n’informe pas là-dessus et n’encourage pas forcément leur plaisir et la masturbation chez les femmes, ne se sont jamais masturbées ou très peu car elles ont appris que c’était sale, mal ou qu’une femme ne devait pas aimer le sexe ou ne devait le faire qu’avec un homme, etc. Je me suis personnellement un peu sentie exclue en lisant les témoignages de ce livre, justement parce que, moi, contrairement à la majorité qui y est représentée, je ne me suis jamais masturbée jusqu’à maintenant et adolescente, je pensais que c’était mal, sale et que je ne pourrais avoir accès à une sexualité épanouie qu’auprès d’un homme (ce qui est faux évidemment, mais la culture sociale véhicule ces idées-là). Alors bien entendu, ce livre vient nous dire que c’est faux, que c’est jamais ni sale ni mal de se faire plaisir, de s’aimer soi et de connaître son corps, qu’on soit femme ou homme. Mais il est parti du principe que toutes les femmes se masturbent, certes en secret et c’est le cas de beaucoup d’entre elles qui ont découvert la masturbation par hasard ou comme « par magie » et le cachent souvent, mais ce n’est pas le cas de toutes les femmes cisgenres.

L’édition d’un livre sur le sujet est courageux et risqué, non pas seulement pour s’attirer les foudres d’hommes ou de femmes sexistes, mais aussi pour risquer de créer d’autres dogmes sur la sexualité alors qu’elle devrait être libre et propre à chacun.e. Par exemple, l’autrice, dans cet ouvrage, déconseille l’utilisation des sextoys, parce que l’industrie du sextoy est trop centré sur la pénétration, ce qui n’est pas faux, mais il n’y pas que des sextoys de forme phallique, il y en a de plus en plus tournés sur la stimulation externe du clitoris, il faut le reconnaître, mais en soutenant que leur utilisation crée un intermédiaire inutile et superflu entre ses mains et son sexe, est pour moi introduire un nouveau diktat sur le corps et la sexualité des femmes et je ne suis pas d’accord. Si certain.e.s préfèrent utiliser leurs doigts, un coussin, un angle de table, un rebord de baignoire, une poire de douche ou un sextoy, qu’elles se fassent plaisir (c’est le cas de le dire) ! Quelle nécessité de dire ce qu’il faut faire ou ne pas faire ?

Bien sûr, je ne dis pas du tout que parce qu’il y a ce risque, qu’il ne faut pas éditer de livre sur la sexualité en général et sur celle des femmes en particulier ! Je pense avant tout que ce livre était nécessaire, que d’autres encore le seront et qu’il ne faut pas abandonner ce travail de connaissance pour contrecarrer le trop-plein d’ignorance actuelle qui empêche d’avoir une sexualité pleinement informée et consentie, libre et épanouie, dans le respect de chacun.e. Plus on est ignorant.e en la matière, plus on est enclin.e à intérioriser des idées reçues dangereuses et fausses sur soi et sur l’autre partenaire (cf. les ignominies véhiculées par la pornographie mainstream aux jeunes, les clichés sur les différentes sexualités transmis par la société de génération en génération, etc.), et moins on est respectueux.se de son propre corps et de celui des autres, et moins on est libre et épanoui.e. Et finalement, on se ferme tout un tas de possibilités de liberté, en cloisonnant la sexualité à un seul dogme (la pénétration hétérosexuelle), à un seul rôle de chaque partenaire, à une seule pratique, etc., en demeurant dans un état d’ignorance du fait de tabous, d’interdits ou de religion, alors que tout ce qui compte c’est le consentement, le désir, le plaisir et qu’avant tout, être informé.e sur son corps, sur son propre plaisir, sur ce qu’on n’aime ou pas, sur l’appareil génital de chacun.e et sur bien d’autres choses touchant à la sexualité, nous permet d’être plus à même de dire oui ou non à telle pratique, d’explorer tout un monde de plaisirs et de partages seul.e ou à deux ou plus, d’être à l’écoute de soi et de l’autre (ce qui s’apprend avec le respect d’autrui et l’empathie), et d’être libre de faire telle chose sans avoir honte, sans se dire que telle divinité nous punira, sans se dire qu’on sera jugé.e sur sa nature, sur son orientation sexuelle, sur quoi que ce soit d’ailleurs. Ouvrons-nous contre cet obscurantisme…

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