Crime et châtiment

« Par une soirée extrêmement chaude du début de juillet, un jeune homme sortit de la toute petite chambre qu’il louait dans la ruelle S… et se dirigea d’un pas indécis et lent vers le pont K… », ainsi commence le roman traditionnel russe Crime et Châtiment, écrit en 1866 par Fédor M. Dostoïevski.

Fervent défenseur du « bon peuple russe », l’homme de lettres s’inspire de Balzac et écrit uneComédie humaine, aux humours noirs, aux personnages outranciers et aux coups de théâtre démesurés, presque absurdes. Et pourtant, c’est la réalité, l’authenticité d’une société obscure et absurde, grignotée dans ses entrailles par la misère et la souffrance, ces petites choses de la pauvreté qui dévorent tout. C’est ainsi que Dostoïevski va explorer la société russe dans tout ce qu’elle de positif et de négatif. Explorateur de la nature humaine, c’est un écrivain-psychologue qui écrit sur la misère, sur ce qu’elle peut pousser à faire, à l’image d’un engrenage de quelqu’un qui ne pourra plus s’arrêter une fois qu’il aura franchi la ligne jaune de la légalité. Ainsi, se dessine non pas une sorte de destin, mais presque une névrose où on a l’impression qu’il n’y a pas d’issue.

Pour ceux qui ne connaissent pas, Crime et Châtiment est une tragédie, une psychose, une « Tragédie humaine » finalement. Pourtant, Dostoïevski n’en demeure pas moins froid et impassible devant ce qu’il voit, une humanité sombre et complexe, grignotée par la misère humaine, qu’il décrit dans un style littéraire au ton neutre. Style original puisqu’avec une abondance de dialogues, les pensées décousues des personnages et des descriptions tranchantes et insensibles, il va droit au but et nous dépeint l’engrenage d’un héros, Raskolnikov, jeune étudiant sombre et généreux. Ecrasé par la pauvreté, il va assassiner une vieille usurière à coups de hache, comme pour protester contre sa misère. Comme s’il pouvait tuer la pauvreté d’un simple coup de hache… Il n’avait que le meurtre pour se battre. Les circonstances ont facilité le forfait, comme si l’auteur voulait montrer que la misère mène forcément au crime. Dans cette névrose, on pourrait y croire.

A partir de là, tout va s’enchaîner : la peur d’être pris, les remords et les dilemmes moraux. Le criminel lui-même ne sait pas pourquoi il l’est devenu : c’est à cause de la pauvreté, de l’argent, de la société. Ou bien, c’est parce qu’il veut faire partie de cette élite au-dessus des lois. En effet, il a une théorie particulière : il existe des êtres supérieurs pour lesquels la notion de mal habituelle ne s’applique pas et qui sont au-dessus de la masse des gens inférieurs, et si pour atteindre un objectif noble, une de ces personnes se voit obligée de commettre un crime elle peut, et même doit, passer outre les lois et les scrupules. Ainsi, en tuant cette vieille femme malfaisante et inutile, il débarrasse le monde d’une « vermine » qui persécute les pauvres et en utilisant son argent pour de nobles desseins, il rachètera amplement son crime. Seulement, il n’avait pas prévu que son éducation et sa conscience le tourmenteront au point qu’il sera tenté d’avouer son crime, malgré la volonté de rester encore impuni. L’après-crime prendra la forme de ce blocage entre la peur d’être pris et la tentation d’en finir avec ces tourments moralisateurs.

Tel un Deus ex machina, la solution viendra de Sonia, jeune femme à la bonté digne d’une sainte, et en cela, elle incarne la figure d’une martyre de la souffrance et de la foi ardente en Jésus Christ. Elle guidera Raskolnikov dans sa rédemption, sa résolution à se rendre, pour faire la paix avec sa conscience. Elle l’encouragera à se repentir et à s’agenouiller devant les hommes et à embrasser la terre pour implorer le pardon de ce monde et du Ciel. Elle sera son chemin vers le salut et la vérité, le passage d’un monde vers un autre monde. Le Châtiment devient la clé pour redevenir un homme libre et connaître une vie lumineuse, contraire à cette vie obscure, afin de « Vivre n’importe comment, mais vivre !  »

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