Quand un homme agresse une femme, il les agresse toutes…

Depuis quelques temps, la moindre scène racontée ou vue à l’écran, d’une femme agressée sexuellement ou violée me choque, jusqu’à avoir une réaction physique et émotionnelle. Les scènes de violences sexuelles dans le film Marie Stuart, Reine d’Écosse, dans la série 13 reasons why, ou encore, dans le film Showgirls de 1996, m’ont littéralement crispée et fait recroqueviller sur moi-même.

J’ai mis un moment à comprendre pourquoi je réagissais aussi excessivement (même si cela peut largement s’expliquer par le fait d’avoir personnellement subi des violences sexuelles (cf. Article Ce que je ressens) et qu’on devrait tous.tes être choqué.e.s par les violences sexuelles, en 2019), après tout c’était juste des films, ce n’était pas la réalité… Mais en fait, si, c’est la réalité ! Ce n’est pas des scènes de faits divers, où l’on montre les pires déviants, torturant, assassinant et violant, comme si la torture, le meurtre et le viol étaient des actes lointains de la société, tellement horribles qu’ils n’existeraient que dans des tréfonds abyssaux, des contrées forts éloignées, des dimensions parallèles ou dans de très faibles proportions de notre société. Pour la torture et le meurtre, je ne connais pas les chiffres, mais pour le viol, il suffit de vous reporter à mon article Des chiffres, une bonne fois pour toutes ! : ils sont plutôt élevés (c’est un euphémisme).

Et j’ai enfin compris pourquoi. Si on admet (et c’est une réalité avérée, il faut arrêter de se voiler la face : cf. articles La culture du viol et Des chiffres, une bonne fois pour toutes), que la culture du viol crée un climat favorable aux violences sexuelles envers les femmes et certains hommes et que les hommes n’ont pas de pulsions à ce point irrépressibles, qui leur ôtent tout discernement, quand un homme agresse sexuellement ou viole une femme, il ne le fait pas parce qu’elle a quelque chose de plus ou de moins que les autres, il le fait tout simplement parce que c’est une femme, c’était elle mais ça aurait pu être n’importe quelle autre femme, ça aurait pu être moi ou toi, ou toi, ou encore toi… C’est un acte de domination masculine (dans la grande majorité des cas, même s’il existe évidemment des hommes et des femmes sujets à des troubles, pour qui il est exclusivement excitant de contraindre une femme ou un homme). Ainsi, quand je vois ou j’entends qu’une femme est violée, je le ressens comme si j’étais la victime, comme si l’agresseur ou le violeur en agressant une femme, les agressait toutes.

Parce que, finalement, posons-nous la question ! Dans le cas d’un homme qui viole une femme, pourquoi le fait-il ? Sans faire de généralités, imaginons, soit l’homme ne fait pas attention à ce qu’il fait, il ne pense qu’à son désir, soit il veut clairement la violer (par la violence ou par l’alcool ou la drogue, etc. ; par misogynie, par sexisme, mais certainement pas par pulsion ; cf. article « C’est pas moi, c’est mes pulsions »), mais dans les deux cas, il ne prend en compte à aucun moment la volonté et le désir de la femme qu’il agresse. Pourquoi ? Souvent, parce qu’il partage les idées reçues et les représentations de la culture du viol véhiculée par la société, sur le rôle de la femme comme à la disposition des hommes, comme cherchant à coucher sans l’assumer (résister-pour-céder c’est plus sexy, sinon c’est être considérée comme une « salope », une « Marie-couche-toi-là »…, l’ambiguïté de la culture du viol dans toute sa splendeur) et sur la prédominance du désir masculin. A partir de ce moment-là, nous sommes toutes exposées, nous sommes agressées parce que nous sommes des femmes, parce que je suis une femme, parce que tu es une femme, (et certains hommes le sont parce qu’ils ne correspondent pas au dogme de l’homme viril et hétérosexuel).

Il est possible de voir mes réactions épidermiques totalement exagérées. Je le sais, c’est mon côté hypersensible (je suis une femme, ne l’oubliez pas (joke)). Mais, en fait, non, j’estime qu’elles sont au contraire tout à fait normales. Parce que ces faits que j’entends, que je vois, me renvoient à une image de mon corps que je ne veux pas avoir, à l’idée selon laquelle je peux potentiellement être traitée comme un objet, comme ces femmes victimes d’agression sexuelle ou de viol l’ont été et comme je l’ai déjà été. Et je ne veux pas être un objet, je suis un être humain comme les autres, j’ai un corps comme les autres, tout aussi sacré que le corps d’un homme ! Notre corps est aussi sacré que celui des hommes !

Et parce que, en 2019, je pense avoir le droit d’être choquée. Nous avons, femmes et hommes, le droit d’être choqué.e.s devant les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes. Nous avons même le devoir d’être choqué.e.s ! Tout comme par le racisme, l’antisémitisme, la LGBTQ+-phobie, la haine de l’autre, nous devons être choqué.e.s par le sexisme.

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