On ne naît pas dominant/dominé.e, on le devient

Souvent, certaines personnes opposent aux arguments féministes que, de toute façon, les femmes sont plus faibles physiquement que les hommes. Si c’est un des facteur pouvant expliquer la manière dont s’est construite la société, je ne comprends pas l’efficacité d’un tel argument, qui en plus, a le don de me mettre en rogne. Voudrait-il dire que parce que les femmes seraient physiquement moins fortes que les hommes, elles devraient avoir moins de droits qu’eux, elles devraient tout leur devoir, elles devraient être comme ci ou comme ça ?

Que les femmes et les hommes aient quelques différences biologiques à la naissance, soit, certaines différences de mensuration physique, d’apprentissage dans le temps, d’évolution corporelle ont été scientifiquement prouvées, mais qu’on en fasse des généralités pour justifier des inégalités et des discriminations, envers les sujets que l’on considère plus faibles physiquement, les femmes en l’occurrence, c’est inacceptable. Si on considère que les êtres humains naissent libres et égaux en droit et en dignité, pourquoi faire une différenciation avec une certaine « catégorie » d’être humain, comme les femmes ?

En fait, je suis parfaitement consciente que cet argument est un argument purement sexiste, pour inférioriser les femmes. La question n’est pas le fait que les hommes et les femmes aient des différences biologiques, physiques, c’est le fait qu’aucune différence biologique ne devrait justifier de penser qu’elles influencent par nature et systématiquement ce qu’est un homme ou ce qu’est une femme. En effet, je ne vois pas pourquoi par nature, je serais sensible, romantique, calme (et hystérique à chaque fois que je m’énerve) ou j’aimerais forcément le rose, les robes et les poupées Barbie. Je ne me suis jamais non plus sentie particulièrement moins intelligente ou moins performante qu’un homme par le fait d’être une femme (si je ne prends pas en compte l’influence extérieure de la société). En soi, les différences que l’on attribue entre les femmes et les hommes sont purement culturelles (en dehors de celles biologiques, scientifiquement prouvées).

De même, si l’égalité est un concept moral, un idéal auquel on aspire, elle ne saurait varier en fonction des différences naturelles entre les individus, sinon on créerait des inégalités et des discriminations, comme il en est infligé aux communautés africaines, juives, etc.

Pourtant, attention ! il ne s’agit pas de pratiquer une égalité arithmétique, qui ne prendrait pas en compte ce que les individus posséderaient au départ, mais d’appliquer une égalité proportionnelle, une équité entre les femmes et les hommes. Je m’explique, dénier toute différence (innée) entre les femmes et les hommes reviendrait à nier les spécificités vécues par les femmes, telles que les règles (dont il faut briser le tabou), et les hommes et à créer indirectement des inégalités. Mais au contraire, accentuer les différences naturelles et culturelles entre les femmes et les hommes présente le risque de faire des caricatures de femmes et d’hommes déterminé.e.s par leur « nature ». Regardez par exemple, l’ouvrage de John Gray, Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus, qui dépeint les hommes et les femmes comme des êtres n’ayant presque rien en commun, où les hommes sont tous agressifs, directs, ambitieux, et les femmes douces, romantiques et désordonnées. Et vous remarquerez que lorsqu’un homme ne correspond pas à ces stéréotypes de virilité (colérique, ambitieux…), il est jugé hors de la norme, et en général homosexuel, et vice et versa pour la femme, considérée comme un garçon manqué, par exemple (je n’en peux plus de cette expression… et y a-t-il des filles réussies, du coup ?).

Lorsqu’une petite fille ou un petit garçon naît, quelles que soient les différences biologiques qu’on ne peut nier, il n’y a rien qui dit que l’un est supérieur à l’autre, hormis les représentations de la société qui leur seront inculquées par l’éducation que leur prodigueront leurs parents. On ne naît pas dominant/dominé.e, on le devient. Personnellement, je ne vois pas de raison naturelle selon laquelle être une fille serait moins bien qu’être un garçon. Par exemple, on me dit qu’être une femme, par son rôle dans la reproduction, le fait qu’elle doit porter l’enfant, doit avoir ses règles, etc. c’est plus pénible (visiblement sur le plan pratique, c’est vrai, c’est pénible d’avoir ses règles) qu’être un homme, pour qui il suffit de « planter une graine ». Certes. Mais cela reste un jugement de valeur. On pourrait très bien considérer que la femme est plus importante que l’homme par son rôle reproductif, qu’il faut la ménager, lui obéir et lui faire plaisir pour assurer l’avenir de l’humanité, car elle porte un plus grand fardeau. Pourquoi pas ? On pourrait très bien choisir de compenser cette charge inégale, mais un jugement de valeur déconsidérant les femmes a été privilégié, à cause de différents facteurs (les croyances religieuses, les différences physiques…).

Pourquoi ? Parce qu’on a fait des différences sexuelles, donc du point de vue du sexe, des stéréotypes de genre. En effet, du point de vue du sexe, donc de la biologie, des différences existent entre les femmes et les hommes, mais valoriser l’un ou l’autre est purement culturel et renvoie plutôt au genre, qui désigne les rôles, les comportements et attributs différenciés déterminés culturellement pour être appropriés au féminin ou au masculin. On en a fait des dogmes, alors que ce qui est biologique n’est pas inexorable et ne saurait nous déterminer.

On ne naît pas dominant/dominé.e, on le devient. En tant que femme, j’ai appris dès le plus jeune âge que les filles sont moins valorisées que les garçons. Que ce soit de manière consciente ou inconsciente, je l’ai appris de l’absence des femmes dans l’Histoire ou dans les films, du rôle exclusif de la princesse secourue par le prince dans les dessins animés, du potentiel danger d’avoir un corps de femme et de le montrer, du rôle auquel on cantonnait les filles par l’attribution exclusive de jouets roses, de poupées, de dinettes à celles-ci, comme pour se préparer à devenir une femme au foyer, etc. Au petit garçon, on apprend dès le plus jeune âge à ne pas pleurer « comme une fille », à ne pas porter du rose « comme une fille », à être fort, actif, sportif, on loue son intelligence et on encourage ses envies de flirt, à l’inverse d’une fille que l’on protègera plus des garçons, que l’on dira travailleuse au lieu d’intelligente, comme si elle devait plus travailler que le petit garçon pour atteindre son niveau, etc. Bien entendu, il ne s’agit pas de faire des généralités sans discernement, mais l’éducation des jeunes enfants présente ces tendances très marquées par une différenciation genrée entre les filles et les garçons. Mais l’éducation des enfants, vaste sujet et très sensible, fera l’objet d’un autre article.

PS : Je ne met pas de « e » à « dominant », étant donné que la très (très) large majorité des dominants, sont des hommes (cf. article « Des chiffes, une bonne fois pour toutes !).

Sources documentaires : http://www.jouy.inra.fr/Toutes-les-actualites/Differences-sexuelles-biologie ; https://sciencepop.fr/2017/01/24/differences-homme-femme-feminisme/

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