Des chiffres, une bonne fois pour toutes !

Pour celles et ceux qui voient l’agression ou le viol comme un simple fait divers, pour celles et ceux qui doutent du phénomène de la culture du viol qui aggrave les violences faites aux femmes (cf. article La culture du viol), et pour vous rendre compte de l’ampleur des violences faites aux femmes, voici les données d’une enquête assez complète, très utile et plutôt récente, compte tenu du peu de chiffres à disposition sur les violences sexuelles en France (même s’il y a un risque de sous-estimation étant donné le faible nombre de plaintes pour agression sexuelle et pour viol, la difficulté pour les victimes de parler, etc.) : l’enquête Virage de janvier 2017. Je vous invite à y faire un tour.

Pour une première petite idée :

  • dans l’année précédant l’enquête, 580 000 femmes et 197 000 hommes âgé.e.s de 20 à 69 ans vivant en France métropolitaine déclarent avoir subi des violences sexuelles, dont 52 500 femmes victimes de viol contre 2 500 hommes ;
  • des victimes de tous les milieux sociaux, même si « Les indépendantes (agricultrices, artisanes, commerçantes, cheffes d’entreprises), les femmes cadres, et celles exerçant une profession intellectuelle supérieure ou une profession intermédiaire déclarent plus que la moyenne avoir subi d’autres agressions sexuelles que le viol ou la tentative de viol, ce que l’on peut expliquer par leur présence dans des milieux professionnels traditionnellement très masculins et/ou par une sensibilité plus grande aux problèmes d’égalité de genre » ;
  • « se dégagent des modes opératoires, variables selon le contexte dans lequel ces violences s’exercent et l’âge auquel elles se produisent. L’abus de la confiance et de l’âge des victimes sont constitutifs des agressions dans la famille et sur les plus jeunes. Le chantage affectif et l’abus de confiance sont utilisés par les conjoint.e.s ou ex-conjoint.e.s ; ainsi que le recours à la force physique lorsque les victimes sont des femmes. Les modes de contrainte pour les viols et tentatives de viol subis dans les espaces publics font souvent intervenir la confiance également, lorsque l’agresseur.e est connu.e et fait partie de l’entourage,mais également la force physique. Les viols et tentatives de viol dans le cadre scolaire ou professionnel s’accompagnent souvent de prises d’alcool ou de drogues » ;
  • des violences qui se cumulent entre elles et au cour de la vie : « 42 % des femmes qui déclarent des violences par un membre de la famille ou de l’entourage proche en mentionnent aussi dans les espaces publics ou les relations avec des ex-conjoint.e.s, et plus de quatre sur dix de celles qui mentionnent les agissements de leur ex-conjoint.e ont aussi souffert d’agressions sexuelles au travail, dans les espaces publics ou la famille et l’entourage proche » ;
  • « au cours de la vie, la famille et les proches forment l’espace où les femmes déclarent le plus de viols (1,41 %), de tentatives de viols (0,97 %) et d’attouchements du sexe (2,33 %). Elles y sont moins victimes d’attouchements des seins et des fesses, de baisers forcés ou de pelotage que dans les espaces publics, ce type d’agressions étant caractéristique des espaces publics tels que la rue ou les transports, et caractérisées par de faibles degrés d’interconnaissance » ;
  • « Bien que rarement déclarés, les viols subis dans le cadre du travail sont répétés dans 86 % des cas, traduisant des relations d’emprise de l’agresseur.e sur la victime dont il est difficile de se départir. (…) Les viols commis par un.e conjoint.e ou un.e ex-conjoint.e sont, comme sur les douze derniers mois, très fréquemment répétés, dans 73 % et 79 % des cas. Les violences subies dans l’espace de la famille et des relations avec des proches sont répétées dans 62 % des cas. Les viols et tentatives de viol subi.e.s dans le cadre des études sont répétés dans 3 cas sur 10, comme pour les espaces publics » ;
  • « le fait que les victimes de viols ou de tentatives de viol aient moins de 15 ans au moment des faits constitue une circonstance aggravante. C’est le cas de presque 40 % de ces actes déclarés par les femmes, et près de 60 % de ceux déclarés par des hommes, notamment en raison du poids important des violences subies dans le cadre de la famille, qui surviennent avant les 15 ans de la victime dans plus de 80 % des cas pour les femmes et 86 % pour les hommes. Plus de 45 % des femmes qui déclarent des viols ou des tentatives étaient majeures au moment des faits, alors que c’est le cas de moins d’un homme victime sur quatre ».

A bon entendeur…

PS : Je ne parle pas ici de l’enquête Ispos de 2019 qui se concentrent plutôt sur les stéréotypes portés sur le viol et les violences sexuelles, et non sur l’ampleur, l’occurrence et la proportion des violences sexuelles faites aux femmes.

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