« C’est pas moi, c’est mes pulsions »

N’avez-vous jamais entendu parler de la pulsion incontrôlable à laquelle n’a pas pu résister votre collègue, votre frère, votre ami ou votre mari, coupable d’agression sexuelle ou de viol ? Il est visiblement communément admis par la société que les hommes ont des pulsions sexuelles irrépressibles, que les femmes (pour garder un homme, comme on dit) doivent assouvir, et qui sont souvent utilisées par les tenants du système patriarcal comme excuse aux hommes coupables d’agression sexuelle ou de viol. Par exemple, 57 % des Français.e.s pensent qu’il est plus difficile pour les hommes de maîtriser leur désir sexuel qu’il ne l’est pour les femmes, d’après l’étude réalisée par l’Institut Ipsos et l’association Mémoire Traumatique et Victimologie, en 2019, « Les Français-e-s et les représentations sur le viol et les violences sexuelles ».

Mais si on admet l’existence de pulsions masculines incontrôlables, associées à la testostérone (présente également chez la femme), pourquoi les femmes, munies, je le rappelle, d’un organe spécifiquement dédié au plaisir, le clitoris, n’en auraient-elles pas ? Par ailleurs, il est intéressant de voir qu’avant le XIXème siècle, c’était, non pas les hommes, mais les femmes qui étaient considérées comme sujettes à des pulsions incontrôlables. De nos jours, comme le déplore la sexologue, Sophie Morin, « notre société valorise chez les hommes une sexualité pulsionnelle, tandis qu’elle sanctionne le même comportement chez les femmes », et « L’éducation donnée aux femmes en termes de sexualité ne les autorise pas toujours à écouter leurs pulsions et à s’autoriser la recherche du plaisir. Certaines éprouvent ainsi beaucoup de culpabilité face à leur désir. » Mais cela est-il prouvé scientifiquement ? « Pas du tout », d’après Élisa Brune, journaliste scientifique, autrice de La Révolution du plaisir féminin (je ne l’ai pas encore lu, mais j’y compte bien).

Le lien entre la testostérone et le désir sexuel a été remis en question par l’étude du chercheur Sari van Anders, réalisée en mai 2012 et intitulée « Testosterone and sexual desire in healthy women and men » (Archives of Sexual Behavior), selon laquelle la testostérone n’est pas liée au désir sexuel masculin. Cette étude est unique et met à mal la plupart des autres études ayant conforté ce cliché et s’étant contenté d’étudier le comportement animal ou des humains possédant un taux anormal de testostérone – trop faible ou trop élevé.

En plus, si les hommes étaient réellement soumis à des pulsions irrépressibles, ils ne sauraient contrôler le moment où elles leur tomberaient sur la tête. Bizarrement, elles ne les terrassent pas en plein déjeuner de famille, dans la rue ou en salle de réunion, non, bien sûr, cela arrive pile au moment opportun : dans un endroit isolé, la maison, la chambre à coucher, les toilettes, où personne ne pourra entendre, où la victime est vulnérable. Quelle aubaine…

En effet, vous comprendrez que la pulsion sexuelle masculine n’est pas avérée (et si elle l’était, ça ne veut pas dire pour autant que nous, mesdames, n’aurions pas, nous aussi, envie de baiser ! D’autant qu’à la fois l’oestrogène, la progestérone et la testostérone, produite par les ovaires en plus petite quantité que chez les hommes jouent aussi sur le désir chez les femmes, et enfin le désir c’est aussi une affaire de psychologie) et est employée pour déresponsabiliser les agresseurs et violeurs, dans une société où prédomine une « culture du viol ».

Ainsi, l’association Collectif féministe contre le viol a identifié des étapes dans la stratégie de l’agresseur / du violeur : 1. il choisit sa victime, dans un contexte vulnérabilisant (sommeil, maladie, alcool, drogue, épreuve…) et met en confiance ; 2. il l’isole, de sa famille, de ses amis, etc. ; 3. il la dévalorise ; 4. il inverse la culpabilité (elle l’a provoqué…) ; 5. Il assure son impunité en faisant en sorte que la victime ne parle pas, lui assurant que personne ne l’a croira, que sa carrière ou sa famille sera brisée, etc. (cf. http://osezlefeminisme.fr/strategies-des-agresseurs/). Et cette dernière étape est particulièrement rendue aisée par la « culture du viol ». Oubliez la pulsion masculine incontrôlable, sauf exception, l’agresseur ou le violeur sait ce qu’il fait.

Mais si vous tenez absolument à parler de pulsion (mais je me permets, sauf votre respect, de vous interdire de déresponsabiliser les hommes coupables d’agression sexuelle ou de viol), on peut parler de cette représentation intériorisée depuis l’enfance selon laquelle leurs envies doivent être immédiatement satisfaites par la gent féminine ou, du moins, un encouragement plus affirmé dans leur éducation et socialisation à s’affirmer et à satisfaire leurs désirs, quand, à l’inverse, il est appris le calme, l’humilité et la docilité chez les petites filles (c’est une tendance, voire parfois un réflexe éducatif intériorisé, il ne faut pas généraliser). En plus, n’avez-vous jamais remarqué cette sorte de dette qu’une femme peut ressentir lorsqu’elles attisent un peu trop le désir des hommes, comme si celui-ci comptait plus que le leur ? Elles l’ont même intériorisée, comme dans un rendez-vous galant, où elle a toujours un peu cette idée dans la tête que si elle allume un peu trop son partenaire pendant le diner, elle devra passer à la casserole le soir même… C’est même aussi quelque chose qu’on leur reprochera si jamais elle dénonce ensuite une violence sexuelle éventuelle dont elles auraient été victimes, conduisant à déresponsabiliser le coupable en interrogeant davantage le comportement de la victime.

Un très bon article sur le sujet : https://revolutionfeministe.wordpress.com/2017/08/06/le-mythe-de-la-pulsion-sexuelle-incontrolable/ ; mais aussi : https://legroupef.fr/en-finir-avec-lidee-archi-fausse-des-pulsions-sexuelles-masculines-irrepressibles/ ; https://www.atlantico.fr/atlantico-light/400363/surprise–la-testosterone-n-est-pas-liee-au-desir-sexuel-masculin-

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