Pourquoi est-ce si excitant une femme qui résiste ?

Je vous avoue avoir du mal à comprendre pourquoi il est considéré, dans les représentations de notre société, comme excitant de voir une femme résister à un homme puis être forcée par celui-ci à avoir un rapport sexuel avec lui. Il suffit de voir à quel point la résistance d’une femme voire son viol, peut être représentée dans les peintures, les livres, les films avec une certaine érotisation de la situation (les tableaux de Fragonard ou les films de Clint Eastwood où une femme est forcée au début pour finir bizarrement par y prendre du plaisir, cf. L’analyse de Valérie Rey-Robert dans son ouvrage déjà cité).

Vous n’avez jamais remarqué que dans la plupart du temps dans les comédies romantiques ou dans les histoires de cœur que vous racontent vos copines, les hommes sont particulièrement entreprenants, jusqu’à la limite du harcèlement ? Ils reviennent vers vous constamment, ils vous abreuvent de messages presque tous les jours, vous montrent qu’ils pensent très souvent à vous, jusqu’à ce que vous cédez.

Dans les comédies romantiques américaines, n’avez-vous pas constaté que le schéma classique est souvent un homme qui va être très entreprenant pour séduire une femme passive, qui finira par accepter ou non de le fréquenter, soit en excellant d’imagination, soit en mentant sur sa situation ou ses intentions et finir par se faire prendre au jeu et en tomber amoureux (en mode Liaisons dangereuses de Laclos) ?

Avez-vous enfin remarqué que de plus en plus de films d’amour racontent la perpétuelle histoire de la femme sérieuse et innocente qui découvre les plaisirs de la chair grâce à un homme expérimenté (en mode « bad boy ») ?

Pourquoi ne pas valoriser l’idée d’une femme entreprenante, qui assume ses désirs et aime le sexe, sans être vue comme une « salope » (pardonnez-moi l’expression), qui est critiquée, voire fatalement destinée à être violée. Bien entendu, le viol n’est pas présent dans tous les films romantiques mainstream, mais il est important de déceler les clichés et les violences banalisées qui y sont faites aux femmes.

Prenez l’exemple du film Lila dit ça de Ziad Doueiri, adapté plus ou moins fidèlement du livre du même nom de Chimo. C’est l’histoire d’une jeune fille dans une cité sensible, qui rencontre un garçon et qui l’intrigue en parlant sans cesse de sexe et en exprimant ses désirs. Malheureusement, à la fin, les trois amis du garçon qu’elle fréquente, s’introduisent chez elle et la violent à tour de rôle. A aucun moment, à la suite du drame, l’on pense à ce que ressent la victime, mais uniquement à la réaction de son petit ami en le découvrant. Même si je ne saurais parler à la place du réalisateur (sachant que le viol collectif n’existait pas dans le livre initial), cela donne l’impression qu’une femme qui exprime ses désirs sexuels et recherche son plaisir prend un risque, se met en danger et finit par être agressée ou violée. Bien entendu, cela ne veut pas dire que les spectateurs de ce film penseront qu’une femme libérée sexuellement aura un destin tragique, mais, comme le dit très bien Valérie Rey-Robert dans son ouvrage Une culture du viol à la française (encore lui…), les personnes qui croient déjà aux représentations sexistes de la femme avant de voir le film, seront plus enclines à être confortées dans ces croyances que les autres. Mais aussi et surtout cela renvoie aux femmes regardant le film l’idée qu’elles se mettent en danger si elles parlent de sexe et de leurs désirs…

Quand on voit aussi certaines œuvres comme Madame Bovary de Gustave Flaubert, le film Celle que vous croyez de Safy Nebbou (qui, à mon avis, le dénonce), on pourrait croire que les femmes éprouvant des désirs sexuels et s’adonnant au plaisir seraient forcément vouées à devenir malheureuses ou rejetées par la société, un peu comme un destin racinien.

Pourquoi ne pas montrer sur grand écran ou dans les livres des femmes qui peuvent à la fois aimer le sexe et connaître le bonheur ?

Pourquoi ne pas filmer des histoires de femmes qui connaissent les rudiments du sexe, savent se donner du plaisir et dérident de jeunes puceaux effarouchés ?

Si la société n’admet pas qu’une femme aime le sexe, alors logiquement une femme qui résiste à l’assaut sexuel, c’est valorisé, et même érotisé (Fragonard, etc.) : c’est une illustration de la culture du viol (cf. article du même nom).

A-t-on peur du plaisir des femmes ? A-t-on peur de leurs désirs ? A-t-on peur qu’elles finissent par dire non à toutes les pulsions masculines ? A-t-on peur qu’elles désobéissent ?

L’invisibilité du plaisir des femmes fait en effet partie de la domination masculine. Le plaisir des femmes fait l’objet d’une opprobre, largement perpétrée par la religion. N’oublions pas que Eve a précipité l’humanité hors du royaume de Dieu et qu’elle est à l’origine des malheurs des hommes… Rien que ça…

Je vous vois venir : bien sûr, petit.e.s coquin.e.s, qu’il y aura bientôt un article sur le plaisir !

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