Je n’aime pas la « journée de la femme »

La journée de la femme ou des femmes ? La journée des droits de la femme ? De ses droits ? Quelle est cette aberration ? Quel est ce pointage de doigt qui montre la femme comme une créature spéciale, différente, dont l’humanité semble n’avoir été prouvée que récemment et dont il faut encore débattre quels droits elle peut bien mériter… n’est-ce pas pourtant une évidence ? Ne nous trompons-nous pas de combat ? Quelle est cette ignominie qui stigmatise la situation déplorable dans laquelle sont les femmes ? Et les hommes ? Une flopée de féministes me dirait certainement que je n’en suis pas une, que je suis pour la dictature machiste… Loin de moi l’idée de penser que les hommes sont autant victimes que les femmes des représentations véhiculées par notre société : les faits, les chiffres sont sans appel : les femmes sont majoritairement touchées par la société patriarcale (pour cela, je vous renvoie à l’excellent livre de Valérie Rey-Robert, Une culture du viol à la française, très bien documenté et chiffré). Non, au lieu d’un féminisme revanchard, dont la plupart des gens pense que c’est le seul qui existe, je prône un féminisme qui rêve d’égalité, d’équité, de liberté.

Après tout, le petit garçon à qui l’on dit qu’il doit être fort, ne jamais pleurer et à qui l’on demande ce qu’il a fait dans la journée, tandis que l’on dit à la petite fille d’à côté qu’elle est belle, qu’elle a une jolie robe, qu’elle a de beaux cheveux longs, n’est-il pas lui aussi, tout autant que la petite fille, manipulé par les stéréotypes véhiculés par la société, manipulé pour ensuite voir les femmes comme la société voudrait qu’il les voie, faibles, défaillantes, sans volonté et salopes quand elles se font belles, méritant le viol quand elles abhorrent une tenue légère ? Alors que c’est la société qui leur inculque cette importance d’être belles, fines, anonymisées derrière la silhouette sans forme des magazines…

S’il faut passer par tant de caricatures pour faire comprendre qu’hommes et femmes subissent tous les jours tant de stéréotypes… C’est justement par tant de caricatures que la société nous inculque des schémas binaires et oppressants, pour les femmes comme pour les hommes. N’est-ce pas caricatural de dire que la fille aime le rose et les poupées, et que le garçon aime le bleu et les petites voitures ? Les clichés nous mènent la vie dure, nous mettent dans une case rose ou bleue, et quand on ne rentre pas, nous jettent à la poubelle.

Je ne nie pas la nécessité du combat qu’il y a à mener pour faire reconnaître les droits des femmes, mais en faire une journée, comme on le fait pour les animaux, les enfants (ça aussi, ça mériterait un article) ou les amoureux, c’est entretenir ce réflexe aberrant de catégoriser la femme, la division d’une société entre hommes méchants et femmes gentilles, c’est installer une mesure symbolique et l’oublier les 364 jours restants, conscience sauvée, au lieu d’en faire un combat quotidien, c’est la banalisation d’un état de fait scandaleux, révoltant, débile… C’est en avoir besoin, quand on devrait ne plus en avoir besoin dans une société, un pays, une union de pays, une communauté internationale qui prônent le progrès, la démocratie, la fraternité, la défense des libertés individuelles…

Mais quelles libertés pour la femme ? Quelles libertés individuelles surtout ? Quand elle se dit qu’elle ne va pas sortir ce soir, qu’il est presque minuit et qu’il est trop tard pour elle pour sortir en sécurité ? Quand elle se dit que si jamais elle tombe sur un déséquilibré, on dira peut-être un jour, « mais quelle idée de sortir à une heure pareille ? Quelle idée d’être allée dans la forêt ? » Alors qu’elle voulait juste se promener, écouter la nature ou sortir dans les rues pour savourer une liberté qui la fait rêver. Et quelles libertés pour l’homme ? S’il doit se comporter comme ce que la société lui a dit que c’était d’être un homme, sinon il est catégorisé comme anormal, différent, homosexuel (mot, que je ne voudrais pas avoir à user ici, comme d’une caractéristique bizarre).

Normalisons ce que nous sommes, au lieu d’être ce qui est soi-disant normal.

Et pourquoi une journée de la femme, et non une journée de l’homme, alors ? Je déteste cette sémantique. Ce combat devrait être intégré dans un autre beaucoup plus important et global : les droits de l’homme, et plus spécialement, les droits de l’homme et de la femme à ne pas subir des stéréotypes blessants et irrespectueux. Parce que, bien sûr, c’est une aberration horrible et dégoûtante d’entendre que le viol est mérité lorsque la victime a une tenue soi-disant suggestive, d’entendre l’énième agression sexuelle d’une femme ou la mort d’une épouse sous les coups de son conjoint, tous les 2,7 jours… Mais si on oublie l’aberration des stéréotypes pesant aussi sur les hommes, on finit par faire ce que la société nous impose : des stéréotypes. Des stéréotypes qui autorisent des hommes à voir la femme comme un être faible, un être qui ne sait pas ce qui veut. Des stéréotypes qui demandent aux femmes de faire attention aux hommes, de sortir couverte, de baisser les yeux, car après tout, on ne peut rien y faire s’ils ont des pulsions et il faut bien qu’ils les satisfassent… Mais c’est aussi faire des hommes des animaux, des êtres de fléaux, contre lesquels on ne peut lutter… C’est les stigmatiser, comme on stigmatise les femmes, c’est s’étonner qu’ils puissent eux aussi subir ce que les femmes subissent, c’est ignorer les clichés, les viols et agressions morales et sexuelles dont ils peuvent être victimes, comme on a ignoré le siècle passé (et malheureusement encore maintenant) les sévices et indignités faites aux femmes. C’est adopter la même méthode que la société. C’est oublier que l’homme et la femme sont autant des êtres humains l’un que l’autre.

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